L’ABM mise sur les professionnels de santé pour sa nouvelle campagne nationale sur le don de gamètes

7 novembre 2014

L’Agence de la biomédecine (ABM) lance une nouvelle campagne nationale de sensibilisation au don de gamètes, en ciblant en particulier les professionnels de santé pour relayer les "bonnes informations", a-t-elle indiqué jeudi lors d’une conférence de presse.

Le dispositif repose sur deux affiches et brochures, représentant un gamète (spermatozoïde ou ovule) entouré d’un nœud tel un cadeau et accompagné du slogan : "Les plus beaux cadeaux ne sont pas forcément les plus gros". Elles renvoient vers les sites internet spécifiques mis en place auparavant par l’ABM, dondovocytes.fr et dondespermatozoides.fr.

Les affiches et brochures pourront être commandées gratuitement par les professionnels de santé sur le site de l’ABM. La campagne prévoit l’impression de 28.000 exemplaires pour les affiches et 687.000 pour les brochures.

Un exemplaire des affiches et brochures sera adressé "dans quelques jours" par mailing à près de 7.500 gynécologues exerçant en cabinet, dans les dispensaires, cliniques et hôpitaux, ainsi qu’à plus de 13.700 sages-femmes exerçant en maternité et service de gynécologie. Seront également destinataires les directeurs de maternité et chefs de service de maternité et obstétrique, ainsi que les centres d’assistance médicale à la procréation (AMP) et les associations. Un courrier sera en outre envoyé aux sociétés savantes concernées.

Ce volet de la nouvelle campagne de communication vise à "sensibiliser les professionnels de santé, qui vont constituer un relais très important de l’information vis-à-vis du public et en particulier des candidats au don", a expliqué le Pr Dominique Royère, directeur de l’activité procréation, embryologie et génétique humaine à l’ABM, lors de la conférence de presse. L’objectif est de "fournir les bonnes informations aux professionnels de santé afin qu’ils aient les bonnes réponses s’ils sont sollicités" par des patients, a-t-il souligné.

Pour le grand public, deux insertions presse sont prévues dans Le Monde le 21 novembre et Direct Matin le 24 novembre, ainsi que des bannières publicitaires sur des sites internet ciblés.

Par ailleurs, un nouveau programme de recrutement en ligne sera associé aux deux sites internet de référence pour le don de gamètes, afin que les personnes y adhérant reçoivent, pendant plusieurs mois, une information adaptée à leur âge, leur sexe, leur motivation et leur situation (donneur potentiel, personne en AMP). Le but est d’accompagner leur réflexion vers le don ou de les inciter à le promouvoir dans leur entourage.

ATTEINDRE L’AUTOSUFFISANCE Les derniers chiffres d’activité de don de gamètes de l’ABM, portant sur 2012, indiquent que 235 hommes ont fait un don de spermatozoïdes et 422 femmes un don d’ovocytes.

Dans les deux cas, il existe une situation d’insuffisance, pour des raisons différentes, ont souligné le Pr Royère et le Dr Françoise Merlet, en charge de l’activité AMP à l’ABM.

S’agissant du don de spermatozoïdes, avec 2.426 couples demandeurs en 2012, la règle voulant qu’un don serve au maximum à 10 couples, l’équilibre peut sembler atteint. "Mais il est précaire, fragile, il n’y a pas la marge de manoeuvre nécessaire pour diversifier les profils, répondre à des couples d’origines différentes", a noté le Dr Merlet. "La vigilance s’impose".

Pour le don d’ovocytes, une deuxième contrainte s’impose : un don ne peut servir que pour deux grossesses, soit un "rendement" cinq fois moindre qu’avec un don de spermatozoïdes. A fin 2012, 2.110 couples étaient sur liste d’attente. Il est nécessaire de "dynamiser cette activité" et réduire les délais d’attente prolongés, qui atteignent parfois plusieurs années, entraînant des pertes de chance liées à l’âge et alimentent le tourisme procréatif, a martelé le Dr Merlet.

"La demande n’augmente pas tellement, elle reste assez stable, on connaît à peu près les besoins. Mais dans les deux cas, on manque de donneurs", a-t-elle ajouté. Pour atteindre l’autosuffisance, il faudrait 300 donneurs de spermatozoïdes et 900 donneuses d’ovocytes par an, a indiqué le Pr Royère. Il a rappelé que les structures et les moyens pour accompagner le don d’ovocytes en particulier ont été renforcés ces dernières années. Trente centres autorisés assurent désormais un maillage du territoire pour le don d’ovocytes, avec un enrichissement notamment dans la partie Nord et dans le Sud-Est de la France de centres autorisés mais qui n’étaient pas actifs jusqu’à il y a un ou deux ans.

"Rouen a démarré dernièrement, Marseille, Nice, Caen, Lyon, qui étaient déjà autorisés, ont démarré effectivement leur activité récemment. A Clamart (Hauts-de-Seine) également, qui avait arrêté le don, la nouvelle équipe a relancé l’activité", a évoqué le Dr Merlet.

Il ne paraît pas nécessaire d’augmenter le nombre de centres autorisés, selon le Pr Royère. "L’objectif est que les 30 centres existants aient une montée en charge pour atteindre l’autosuffisance", a-t-il déclaré.

Pour le don de spermatozoïdes, 27 centres sont autorisés. Les demandes de prise en charge adressées au Centre national des soins à l’étranger (CNSE) en lien avec un don de gamètes -essentiellement pour des soins réalisés en Espagne- s’élèvent à environ 1.000 par an, dont 96% sont satisfaites, a fait savoir le Pr Royère.

Mais même en cas de remboursement, le reste à charge pour les couples reste important : le montant de ce type de soins à l’étranger atteint en moyenne 6.500 euros par couple, dont un peu moins de 2.000 sont remboursés, a-t-il indiqué. "Nous avons plusieurs témoignages de couples qui se sont endettés pour cela", a ajouté le Dr Merlet.