Une femme de 15-49 ans sur deux est séronégative pour le CMV ou la toxoplasmose

12 avril 2013

Une femme de 15-49 ans sur deux est séronégative pour le cytomégalovirus (CMV) ou la toxoplasmose, et sont donc à risque potentiel durant une grossesse, selon l’enquête Séro-Inf dont les premiers résultats ont été présentés jeudi à la journée de l’Institut de veille sanitaire (InVS), jeudi à Paris.

Séro-Inf était une enquête de séroprévalence nationale réalisée par l’InVS chez les enfants et adultes de 6 à 49 ans, avec le concours de laboratoires de ville, entre 2009 et 2010.

L’objectif était de connaître l’immunité de la population française vis-à-vis de 10 maladies infectieuses, dont cinq qui sont évitables par la vaccination (rougeole, oreillons, rubéole, hépatite A et varicelle) et cinq non évitables (toxoplasmose, infection à cytomégalovirus -CMV-, infections à herpès 1 et 2 et hépatite E).

Cette enquête disposait d’un volet plus spécifiquement tourné vers la population des femmes en âge de procréer, chez qui l’on voulait déduire le risque de primo-infection par la rubéole, la toxoplasmose ou le CMV -infections qui peuvent être responsables de pathologies graves du foetus lors de la grossesse- et évaluer l’évolution de l’immunisation à la rubéole.

Parmi les 2.205 patientes en âge de procréer, l’enquête a révélé une prévalence de la toxoplasmose de 15% entre 15 et 24 ans, de 37% entre 25 et 34 ans, et de 57% entre 35 et 49 ans.

Les auteurs ont noté une grande importance de l’origine géographique : si seulement 20% des femmes de 15 à 24 ans originaires de pays occidentaux étaient séropositives à la toxoplasmose, c’était le cas de 50% des femmes nées dans d’autres pays.

Lors de la discussion qui a suivi la présentation d’Agnès Lepoutre, il a été fait remarquer qu’il n’y avait "pas de consensus. Il n’existe pas de vaccin contre la toxoplasmose, et un dépistage prénatal est systématiquement effectué, mais il n’y a pas de traitement vraiment efficace en dehors de la spiramycine", dont l’efficacité est encore en évaluation dans cette indication.

Il n’y a actuellement pas de recommandation en faveur du dépistage de l’ensemble des femmes qui souhaitent s’engager dans un projet parental, faute de traitement satisfaisant à leur proposer. Il y a 200 entre 250 toxoplasmoses congénitales par an en France, et la prévalence de la toxoplasmose est très faible chez les jeunes enfants, avec 0,2% à 1 an, et 1,4% à 6 ans.

Le CMV, pour sa part, ne dispose ni d’un traitement prénatal validé, ni d’un vaccin, et est la première cause d’infection congénitale dans les pays développés. Les femmes séropositives pour le CMV sont moins susceptibles que les autres d’être infectées. En cas d’infection pendant la grossesse, le risque de passage de la mère à l’enfant est également moins élevé chez les patientes séropositives.

Selon les chiffres présentés par l’InVS, dans un échantillon de 1.306 femmes, la prévalence du CMV était de 29% chez les femmes entre 15 et 24 ans, de 46% chez les femmes de 25 à 34 ans, et de 54% chez les femmes de 35 à 49 ans. Les femmes originaires de pays non occidentaux avaient 80% plus de chance en plus d’être séropositives pour le CMV que celles originaires de pays occidentaux.

Le taux de séropositivité était très stratifié en fonction du type d’activité et du niveau d’étude : les femmes inactives avaient 40% de chance en plus d’être séropositives par rapport aux cadres et professions intermédiaires. Agnès Lepoutre a précisé qu’il s’agit peut-être de pistes pour identifier des facteurs de risques, mais que cela "mériterait des études complémentaires".

Ces chiffres de la séropositivité pour la toxoplasmose et pour les infections au CMV permettent de déduire que plus de 50% des femmes de 15-49 ans sont séronégatives pour l’une ou l’autre de ces deux pathologies. Cette séronégativité augmente leur risque d’être infectées pendant la grossesse.

Concernant la rubéole, l’étude a permis de comparer les chiffres de l’immunisation à cette maladie de 2009-10 à ceux de 1998. Les auteurs notent que si la séronégativité des femmes de 10 à 19 ans a baissé (de 12% à moins 8%), celle des catégories plus âgées ont augmenté, passant de 2% à 4% chez les femmes de 30 à 39 ans.

Globalement, les auteurs estiment que bien que l’immunisation des femmes de plus de 19 ans marque le pas, leur exposition à la maladie diminue également, réduisant d’autant le risque d’infection pendant la grossesse.